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Narcotrafic : "Une menace au moins équivalente au terrorisme" : quand la lutte antidrogue devient une priorité nationale

  • Photo du rédacteur: Lucas Lemercier
    Lucas Lemercier
  • 20 nov. 2025
  • 4 min de lecture

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et son homologue de la Justice, Laurent Nunez, étaient en déplacement jeudi 20 novembre à Marseille suite à l'assassinat de Mehdi Kessaci. Cet événement relance les débats sur la lutte contre le narcotrafic. Quels moyens allouer ? Comment lutter efficacement ? Que proposent les différents camps ? Analyse.


Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, en déplacement à Marseille, jeudi 20 novembre 2025, pour rencontrer différents acteurs de la lutte contre le narcotrafic. © (Photo AFP)
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, en déplacement à Marseille, jeudi 20 novembre 2025, pour rencontrer différents acteurs de la lutte contre le narcotrafic. © (Photo AFP)

En déplacement à Marseille jeudi 20 novembre suite à l'assassinat de Mehdi Kessaci, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a estimé que le narcotrafic représentait "une menace qui tue énormément et qui est au moins équivalente à celle du terrorisme". Une phrase lourde de sens, qui inscrit la lutte antidrogue dans un cadre de sécurité nationale. Pour le gouvernement, l’objectif est clair : justifier une mobilisation accrue de l’État face à un phénomène considéré comme systémique.


Des actions déjà renforcées par l’État


Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur pour 2024, 110 morts et 341 blessés seraient liés au narcotrafic. Des violences en recul par rapport à 2023 (139 morts, 413 blessés), mais toujours jugées "très élevées" par les autorités. Les saisies enregistrent, elles, une hausse spectaculaire. En 2024, les forces de l’ordre et les douanes ont intercepté 53,5 tonnes de cocaïne, soit une progression de 130 % en un an.

Face à cette situation, le gouvernement met en avant plusieurs dispositifs déployés ces dernières années. Les opérations dites "Place nette", menées dans de nombreuses villes, visent à démanteler rapidement les points de deal identifiés, avec interpellations massives et saisies sur plusieurs jours. Le ministère revendique "des milliers d’opérations" depuis 2023.


Une des mesures phare de cette année 2025 est le vote d’une nouvelle loi pour lutter contre le narcotrafic. Celle-ci prévoit la création d’un Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco). Celui-ci est fortement inspiré des modèles existants pour le terrorisme. Il sera opérationnel à partir de janvier 2026.


Vers une réponse plus structurée et permanente


Pour Christophe Korell, analyste criminel, ancien enquêteur de la police judiciaire et aujourd’hui rattaché au ministère de la Justice, la réponse de l’État ne peut plus reposer uniquement sur la répression classique. Dans un entretien à l’IRIS, il alerte : "Nous aurons, par définition, toujours un temps de retard sur des organisations agiles et très structurées." L’enjeu, explique-t-il, est de "réduire ce temps de retard" en utilisant des "contre-mesures efficaces et rapides". Il souligne également la fragmentation des dispositifs actuels : une JUNALCO (juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée) difficile à coordonner, et l’impossibilité de "tout centraliser" dans une seule entité. Selon lui, une réforme d’ampleur est nécessaire. De son côté, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a reconnu le 20 novembre à Marseille "qu'il faut faire beaucoup plus".


Le spectre de la corruption au cœur de son analyse


Dans son entretien, l’analyste met aussi en avant un aspect jugé trop souvent secondaire : la corruption. Selon lui, "toute la société est potentiellement impactée", des dockers aux professions réglementées. Il appelle à renforcer les mécanismes de prévention et de contrôle, estimant que la capacité des organisations criminelles à infiltrer des secteurs entiers représente une menace comparable à celle des groupes terroristes.


Le ministre de la Justice Gérald Darmanin est également revenu sur ce pan lors de son déplacement à Marseille affirmant qu’ "il faut savoir aussi lutter contre la corruption, qui touche les services enquêteurs, qui touche possiblement les tribunaux", évoquant aussi "une dizaine d'enquêtes ouvertes pour des agents qui auraient été corrompus, et qui donnent des informations aux organisations criminelles."


La gauche défend un autre modèle : réguler plutôt que réprimer


Face à la doctrine de fermeté appliquée par le gouvernement, plusieurs responsables de gauche proposent une stratégie différente.

Clémentine Autain, députée de Seine-Saint-Denis, a appelé ce 20 novembre sur X, à s'attaquer à l'enjeu du narcotrafic, mais "sous l'angle de la santé publique plus que de la simple moralisation". Elle insiste sur "le volet prévention" et dénonce l’abandon des services publics de "nos quartiers populaires" ajoutant "que les jeunes chez nous n'ont pas de perspectives, n'ont pas d'avenir, ne savent pas où se projeter". Antoine Léaument (LFI), co-rapporteur d’une mission parlementaire sur les stupéfiants, affirme que "tuer les trafics passe par la légalisation", jugeant que c’est le "meilleur moyen d’assécher le marché illicite". Un argument repris par Roberto Saviano, auteur du livre Gomora sur la mafia napolitaine, dans un entretien accordé au Figaro : "La stratégie la plus importante est, à mon sens, celle de la légalisation des drogues douces et de la lutte contre l’économie du narcotrafic". Au Sénat, des élus PS, écologistes et communistes soutiennent un projet de loi transversal, mais dénoncent un angle mort sanitaire : pour eux, la seule répression ne suffit pas sans politique de prévention et d’accompagnement.


Des débats qui auront prochainement lieu à l’Assemblée puisque jeudi 20 novembre, Boris Vallaud, président des députés socialistes, a demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu par le biais d’une lettre, "d’organiser un débat sur l’actualité de la lutte contre le narcotrafic".

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