« Accepter de perdre ses enfants » : qui dit quoi sur la guerre et la défense en France
- Lucas Lemercier

- 21 nov. 2025
- 4 min de lecture
La déclaration du chef d’état-major des armées (CEMA), le général Fabien Mandon, a suffi à enflammer la classe politique française. Le soutien public de Raphaël Glucksmann n’a fait qu’accentuer les tensions, révélant des fractures profondes sur le rôle et la préparation militaire du pays. Tour d’horizon par camp politique.

Selon le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Fabien Mandon, face au risque d'une guerre avec la Russie, le pays doit « accepter de perdre ses enfants » a-t-il déclaré lors du Congrès des maires. Le soutien public du leader de Place publique, Raphaël Glucksmann a alimenté la polémique. Cela fait ressortir des lignes de fracture claires sur la politique de défense. Analyse des positions des différents camps politiques.
Les positions des partis de gauche
Chez La France insoumise (LFI), la réaction a été immédiate et frontale. Jean-Luc Mélenchon a exprimé un "désaccord total" avec les propos du général, estimant que ce dernier "outrepass[ait] ses fonctions" et qu’il ne devrait pas inviter les élus locaux à des "préparations guerrières". Selon lui, parler de sacrifices pourrait légitimer des échecs diplomatiques sur lesquels l’armée n’a pas à donner d’avis public.
Globalement, le parti s’oppose systématiquement aux budgets militaires qui vont au-delà des besoins de maintenance et de sécurité minimale, et a voté contre la LPM 2024‑2030 ainsi que la résolution sur le renforcement du soutien à l’Ukraine du 12 mars 2025. Ce refus traduit leur logique stratégique : priorité à la diplomatie, à la prévention des conflits, et rejet de toute implication directe ou indirecte dans des guerres à haute intensité.
Le Parti communiste français (PCF) a suivi cette même ligne. Leur président, Fabien Roussel qualifie les déclarations du CEMA d’"insupportables" et de "va-t-en-guerre". Dans les votes, ces partis expriment la même logique : ils ont par exemple voté contre la résolution du 12 mars 2025 appelant au renforcement du soutien à l’Ukraine et contre la loi de programmation militaire (LPM 2024-2030), qu’ils jugent trop coûteuse et inadaptée. Pour rappel, cette loi prévoyait un budget de 413 milliards d’euros pour l’armée sur la période 2024-2030, avec une augmentation d’environ trois milliards par an.
En revanche, la gauche modérée, représentée par le Parti socialiste, les Ecologistes et Place publique, adopte un positionnement plus nuancé. Le parti de Raphaël Glucksmann, qui a défendu le général, soutient l’aide militaire à l’Ukraine. A l’Assemblée, le Parti Socialiste (PS) a voté en faveur de la LPM, reconnaissant la nécessité de renforcer les capacités nationales et européennes.
Les Ecologistes, eux, misent sur une défense européenne. Le parti milite souvent pour un soutien matériel et financier à l’Ukraine. Ils plaident également pour une action européenne concertée : “c’est à l’échelle européenne que nous pouvons (…) répondre aux défis du XXIe siècle”. Leur groupe a d’ailleurs porté un amendement dans le cadre de la LPM visant à mettre en valeur les coopérations militaires en Europe. Selon elle, la LPM est "très a minima sur l’Europe de la défense”.
Le camp gouvernemental sur la politique de défense
Le bloc macroniste reste le plus cohérent sur la question de la défense. Emmanuel Macron et son gouvernement ont porté la LPM 2024-2030. L’objectif est de moderniser l’armée, reconstituer les stocks de munitions et préparer le pays à des conflits de haute intensité.
Pourtant, même dans ce bloc, des tensions apparaissent. Au Sénat, Dominique de Legge, rapporteur LR pour la Défense, alerte sur la trajectoire financière de la LPM, qu’il juge « intenable » en raison d’un reste à payer élevé. Christian Cambon, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, critique le rythme de montée en puissance et réclame plus de clarté sur le calendrier et le financement.
La majorité est ainsi confrontée à un paradoxe : elle assume la montée en puissance militaire et la pédagogie sur le prix à payer, mais elle doit composer avec la réalité budgétaire et les critiques internes.
Quels positions ont les partis de droite ?
Concernant la LPM, les Républicains ne voulaient pas apparaître comme des opposants systématiques, mais mettaient la pression sur la majorité pour obtenir des garanties financières et exprimer leur vision. Ainsi, dès l’examen du texte, Olivier Marleix, président du groupe LR, a dénoncé une étude d’impact qu’il jugeait “insincère” de la part du gouvernement, estimant que les moyens financiers manquaient de précision.
Mais globalement, le parti de droite est en faveur d’une augmentation des moyens alloués à la défense. Cédric Perrin, sénateur Les Républicains et Président de la délégation parlementaire aux renseignements, plaide par exemple pour un “effort capacitaire massif et coordonné”. Il juge nécessaire de renforcer les moyens conventionnels pour assurer à la fois la sécurité de l’Ukraine et la dissuasion face à la Russie.
A l’extrême droite, le Rassemblement National plaide clairement pour une armée forte et autonome. En revanche, le parti s’oppose véritablement à quelconque projet de défense européenne. Lors d’une séance à l’Assemblée nationale, le député RN Laurent Jacobelli critiquait l’“objectif illusoire” d’une “défense européenne” qui serait trop centralisée ou dépendante de mécanismes supranationaux.
Lucas Lemercier







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