Dans les librairies, la vague des livres politiques relance le débat sur les choix de mise en rayon
- Juliette Baltzer

- 21 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 nov. 2025
Avec l'annonce ce vendredi de la publication du Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy, les libraires vont voir s’ajouter un nouveau titre à une avalanche d’ouvrages politiques. À Vichy, entre chaîne et librairies indépendantes, ils racontent comment cette inflation de parutions ravive leurs dilemmes : impératifs commerciaux, contraintes légales, choix idéologiques… Chacun navigue différemment, mais tous sont plongés dans une saison politique qui ne fait que commencer.

Nicolas Sarkozy annonce ce vendredi 21 novembre la publication de son nouveau livre Le journal d’un prisonnier. Une sortie qui vient encore gonfler la vague d’ouvrages politiques déferlant en librairie. À Vichy, les libraires sont partagés.
“Ce qui se vend passe avant tout”
Dans les grandes enseignes, la logique est limpide : les chiffres guident les mises en rayon. Élisa, libraire à la Fnac de Vichy, n’a guère le choix face aux directives commerciales :"On n’a pas le droit de choisir. Ce qui se vend est mis en avant". Et en ce moment, ça se vend : Jordan Bardella, Philippe de Villiers, Salomé Saqué… « J’en reçois beaucoup et j’ai des ruptures. Philippe de Villiers, c’était déjà un top vente l’année dernière », raconte-t-elle. Finalement, les auteurs d'extrême droite ont le vent en poupe, mais ils ne dominent pas systématiquement les classements des essais politiques.
Selon la libraire, le calendrier électoral accentue encore la tendance : "je sais que mes deux prochaines années, ça va être que de la politique. Et 2027 un carnage", annonce-t-elle. Si la romance reste le segment le plus populaire, la politique tire vers le haut son rayon histoire :" Vichy, c’est une ville de vieux, les gens s’y intéressent beaucoup".
Les librairies indépendantes : entre convictions et pragmatisme
À la librairie À la page, le rapport à la politique est plus maîtrisé mais aussi plus assumé. Anthony Chaumont, directeur de la librairie et responsable du rayon sociologie-politique, parle d’un espace "un peu à part", à la croisée de la presse, du potentiel commercial, de la clientèle et du goût personnel des libraires.
S’agissant des titres de droite ou d’extrême droite, le tri se fait dès l’Office, c’est-à-dire du choix des nouveautés :"On choisit de ne pas les prendre à l’office, pour ne pas que ça alimente leurs chiffres de vente". Mais il le rappelle : refuser la mise en rayon ne signifie jamais refuser l’accès. "On est tenus de commander tout livre demandé. C’est la loi". La loi Lang garantit ainsi une pluralité minimale dans toutes les librairies de France.
L’indépendant assume aussi une orientation plus marquée vers les thématiques sociales, écologiques ou de gauche. Et parfois, le public semble suivre :"On a vendu plus de Salomé Saqué que de Philippe de Villiers, c’est une petite victoire". Reste une réalité économique incontournable :"On vend dix ouvrages de Philippe de Villiers, et ça nous permet de financer des ouvrages plus niches. Il faut trouver un équilibre".

“On ne juge pas les gens sur ce qu’ils lisent”
À la librairie Carnot, Laurent Jouberton préfère garder ses distances avec les batailles politiques. "On ne juge pas les gens sur ce qu’ils lisent. Dans le commerce, il faut faire attention à la susceptibilité de chacun".
La politique s’écoule, mais rarement de manière spontanée : "très souvent à la commande". Les titres qui marchent le mieux sont d'ailleurs des romans. Quant au livre de Nicolas Sarkozy, il ne s’attend pas à un raz-de-marée : "On l’aura probablement, mais en vitrine, sûrement pas. Je ne suis pas convaincu que l’engouement soit très fort".
Le phénomène Sarkozy : la curiosité plus que l’adhésion
Sur un point, les trois libraires s’accordent : Journal d’un prisonnier suscitera avant tout une lecture de curiosité. Anthony Chaumont l’assimile à un phénomène "voyeur", comparable au roman Merci pour ce moment, écrit par Valérie Trierweiler, l’ex-femme de François Hollande. Élisa s’attend à suivre la même mécanique que les précédents titres politiques, avec ruptures à la clé. Laurent Chaumont, lui, mise sur une attention modérée.
Mais qu’il s’agisse de curiosité ou d’engagement, une chose est certaine : un livre politique crée toujours du mouvement dans les rayons.
Juliette Baltzer







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