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"Un effet boule de neige" : quand des professionnels de santé décrient le doublement des franchises médicales

  • Photo du rédacteur: Camille Chable
    Camille Chable
  • 21 nov. 2025
  • 3 min de lecture

Alors que le Sénat s’apprête à examiner le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, l’un des points inquiète particulièrement les personnes les plus démunies. Il s’agit du doublement des franchises médicales qui pourraient impacter de nombreux foyers. Mais alors, les Vichyssois sont-ils prêts à payer davantage leurs boîtes de médicaments et leurs consultations médicales ? Reportage.


Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit de doubler l'ensemble des franchises médicales. AFP Charly Triballeau
Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit de doubler l'ensemble des franchises médicales. AFP Charly Triballeau

Le mercure est négatif ce matin à Vichy (Allier). Un manteau blanc a recouvert la ville thermale. Les passants, emmitouflés dans d’épais habits, se pressent. Tous affrontent le froid pour éviter de tomber malade.


Et cette volonté de ne pas attraper de virus risque de s’intensifier dans les prochains jours. L’actuel projet de budget 2026 prévoit de doubler l’ensemble des franchises médicales. Concrètement, le reste à charge sur une boîte de médicament passera de 1 € à 2 €, même si la personne qui l'achète est sujet à la sécurité sociale et paye une mutuelle. Idem pour les consultations chez le médecin qui passeront de 2 € à 4 €.


Un changement qui irrite Pierre, retraité de 70 ans. “C’est une mesure complètement hypocrite parce que ça équivaut à accentuer la difficulté pour certains d’acheter des médicaments pour se soigner, s’exclame le Vichyssois. Il y a déjà un renoncement des soins en France et ça ne va faire qu’aggraver les choses.” 


En plus des franchises pour les médicaments et les consultations chez le médecin, l’actuel budget pour 2026 prévoit de créer une nouvelle franchise médicale pour les lunettes, les thermomètres ou les pansements. Autre nouveauté, les rendez-vous chez le dentiste, exemptés de franchise auparavant, seront facturés au minimum 4 €. 


Nos achats de médicaments vont être impactés


Un peu plus loin dans Vichy, Clara, 43 ans, est partie acheter du paracétamol pour son fils. Pour elle aussi, cette hausse des franchises médicales n’est pas normale. “J’ai vu la baisse des salaires par certaines entreprises et j’ai vu la hausse des prix dans les pharmacies et les consultations médicales. Nos achats de médicaments vont forcément être impactés.”


Et cette augmentation des franchises médicales va aussi toucher les pharmacies. “Bien sûr que ça va avoir des répercussions sur notre chiffre d'affaires, mais ce n’est pas le principal”, affirme Delphine, salariée de la pharmacie des Darcins à Cusset (Allier).


Pharmacien, Delphine craint que certaines personnes aient des difficultés à acheter leurs médicaments. ©Camille Chable
Pharmacien, Delphine craint que certaines personnes aient des difficultés à acheter leurs médicaments. ©Camille Chable

La pharmacienne s’interroge davantage sur la possibilité des malades de financer leurs traitements. “Tout le monde n’a pas forcément les moyens que cette franchise double. Certains ne pourront plus entièrement se soigner parce que ça va leur coûter plus cher. C’est regrettable”. 


Pour la professionnelle de santé, une telle mesure n’est pas responsable. “Il y avait d’autres pistes que celle-là. On ne joue pas avec la santé des gens. Il faut que chacun puisse se soigner, c’est le principe de la Sécurité sociale française.”


Les pharmacies ne seront pas le seul secteur à être impacté par cette mesure. Les franchises médicales pourraient aussi être doublées pour les transports des patients, passant de 4 € à 12 € par trajet. 


Une décision que Florence, ambulancière vichyssoise, a du mal à comprendre. Adossée à un mur, elle attend que son client ait fini sa consultation. “Je vois régulièrement des personnes âgées qui ont cotisé toute leur vie dans une mutuelle, mais qui n’ont même plus les moyens d’aller se faire soigner. Cette augmentation va faire un effet boule de neige, beaucoup vont subir ces effets.”


Un effort à consentir ? 


Mais alors que l’une des priorités actuelles est de réduire les dépenses de l’Etat, diminuer le coût annuel de la Sécurité sociale, jugé excessif par le Gouvernement, ne serait pas la solution ? 


C’est en tout cas ce qu’affirme Alexandre, cuisinier dans le bassin de Vichy. “Si augmenter le prix des médicament et donc moins en acheter permet de pérenniser la sécurité sociale pour nos enfants et après, je vote pour. C’est un sacrifice que je suis prêt à assumer.”


Même son de cloche du côté d’André. “Je pense que pour les plus démunis, ces coûts peuvent être lourds à assumer. Mais pour les classes populaires comme moi, c’est un effort à faire, c’est jouable, estime le retraité. Nous devons impérativement mettre la main à la poche pour diminuer la dette publique.” 


Pour compenser cette hausse importante des franchises médicales, le gouvernement prévoit d’exempter 18 millions de Français, les plus démunis. Les femmes enceintes, les mineurs et les assurés les plus précaires, comme les bénéficiaires de la C2S, pourraient ne plus payer aucune franchise.


Camille Chable


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